XXVIe édition — 1er octobre 2026 au 30 septembre 2028

Singularité

La Biennale de Paris est une institution artistique qui prospecte, révèle, active et valorise les pratiques, les initiatives et les pensées qui échappent aux cadres établis de l’art et aux conventions qui le définissent.

Elle se distingue radicalement des biennales traditionnelles, dont la plupart reposent sur des modèles similaires : objets d’art, expositions, commissariat, production d’œuvres et reconnaissance institutionnelle. Derrière la diversité apparente de leurs programmations, ces manifestations partagent souvent une même conception de l’art et de ses modalités de légitimation.

La Biennale de Paris rompt avec ce modèle et affirme une singularité institutionnelle.

Elle n’est plus une exposition d’œuvres d’art, comme à ses origines, mais un contexte d’expérimentation, de recherche et de transformation de l’art. Elle ne se contente pas de réinventer le modèle de la biennale, tel qu’il est incarné notamment par la Biennale de Venise ou la Documenta de Cassel : elle remet en question les fondements mêmes de l’institution artistique.

Son ambition n’est plus de promouvoir des valeurs esthétiques, mais de rendre possibles de nouvelles interactions, de nouvelles formes d’existence de l’art et d’autres finalités que la production d’œuvres.

La Biennale de Paris ne cherche pas à montrer ce qu’est l’art. Elle agit sur ce qu’il peut devenir.

Une biennale en temps réel

La Biennale de Paris conserve un rythme biennal, mais chaque édition se déploie sur une durée de deux ans. Elle devient ainsi une biennale en temps réel, dont l’activité ne se limite plus à un événement ponctuel.

Ce rapport au temps répond à une nécessité fondamentale : respecter les temporalités propres aux pratiques artistiques.

Les artistes déterminent eux-mêmes le rythme, la durée et les moments de réalisation de leurs recherches, actions et projets. Ce n’est plus l’art qui doit s’adapter au calendrier de l’institution, mais l’institution qui s’adapte aux temporalités de l’art.

Chaque édition englobe l’ensemble des dynamiques qui se développent pendant ces deux années. Elle constitue un processus continu, au cours duquel les pratiques peuvent apparaître, se transformer, se prolonger ou disparaître.

Une nouvelle édition commence dès l’achèvement de la précédente, sans interruption de la dynamique institutionnelle.

Le passage d’une édition à une autre se fait entre le 30 septembre et le premier octobre tous les deux ans.

La Biennale de Paris ne fixe plus un temps à l’art. Elle adopte le temps de l’art.

Une biennale en lieux réels

À la Biennale de Paris, les artistes déterminent eux-mêmes les lieux et les modalités d’existence de leurs pratiques.

Ce n’est plus à l’artiste de rejoindre un espace désigné par l’institution. C’est la Biennale qui se déplace là où les pratiques prennent forme.

Nombre de démarches artistiques sont indissociables des contextes sociaux, économiques, culturels, politiques ou géographiques dans lesquels elles émergent. Les extraire de ces environnements pour les présenter dans un lieu d’exposition reviendrait parfois à les priver de leur sens ou de leur raison d’être.

La Biennale de Paris intervient donc dans les lieux réels où l’art se produit, agit et se transforme.

Elle privilégie une relation de réciprocité avec les contextes qui accueillent les pratiques, afin de ne pas se limiter à leur observation, mais de contribuer à leur évolution.

L’espace de l’art n’est plus nécessairement celui de l’exposition. Il peut être celui de la vie quotidienne, de l’économie, de l’enseignement, des relations sociales ou de toute situation susceptible de devenir le terrain d’une pratique artistique.

L’art n’a plus à rejoindre l’institution. C’est l’institution qui rejoint l’art.

Artistes partenaires

La Biennale de Paris n’étant plus une exposition, elle n’expose pas des artistes.

Les artistes qui participent à ses activités sont considérés comme des partenaires à part entière, et non comme des intervenants invités à répondre à une programmation prédéfinie.

Cette distinction transforme profondément la relation entre l’artiste et l’institution.

À la Biennale de Paris, les artistes ne sont pas subordonnés à une autorité curatoriale chargée de sélectionner, d’interpréter ou de légitimer leurs pratiques. Ils participent à la définition des modalités de leur valorisation et disposent d’un pouvoir d’initiative et de décision.

L’institution et les artistes se situent ainsi sur un même plan de légitimité.

La Biennale de Paris ne considère pas les artistes comme les bénéficiaires de son activité, mais comme ceux qui contribuent à la concevoir, à la faire exister et à la transformer.

Les artistes ne sont pas au service de la Biennale de Paris. La Biennale de Paris se construit avec eux.

Après l’exposition

La Biennale de Paris a abandonné l’exposition comme modèle central de présentation et de reconnaissance artistique.

Elle rompt avec l’idée selon laquelle l’exposition constituerait la destination naturelle de toute pratique artistique et le principal moyen de lui donner une existence publique.

Cette conception, profondément ancrée dans le fonctionnement des institutions, tend à soumettre la diversité des pratiques à un modèle unique de visibilité.

Or, toutes les formes d’art n’ont pas vocation à être exposées.

Certaines existent à travers des actions, des dynamiques, des situations, des processus, des organisations ou des transformations du réel. Leur imposer le format de l’exposition reviendrait à les réduire à une représentation de ce qu’elles sont.

À la Biennale de Paris, chaque pratique détermine ses propres modalités d’existence, de présentation et de valorisation.

L’institution ne cherche pas à faire entrer l’art dans un format préétabli. Elle invente, avec les artistes, les conditions adaptées à la singularité de chaque démarche.

Après l’exposition, l’art retrouve la liberté de définir lui-même les formes de son existence.

Une institution horizontale

La Biennale de Paris se construit selon un principe d’horizontalité qui remet en question l’organisation hiérarchique traditionnelle des institutions artistiques.

Y participer ne signifie pas simplement figurer dans une programmation, mais devenir partenaire d’une structure à laquelle il est possible de contribuer et sur laquelle il est possible d’agir.

Les artistes prennent part aux décisions et peuvent intervenir dans l’organisation, les orientations et l’évolution de la Biennale.

Ils ne sont plus seulement reconnus par l’institution : ils participent à sa définition.

Cette organisation fait de la Biennale de Paris une institution ouverte, évolutive et modifiable par ceux qui la font exister.

Elle dépasse ainsi sa fonction traditionnelle de vitrine, de diffusion et de légitimation pour devenir elle-même un terrain de recherche et d’expérimentation artistique.

L’horizontalité n’est pas seulement un mode de gouvernance. Elle constitue une manière de produire de nouvelles possibilités institutionnelles.

En intégrant les transformations issues de ses propres activités, la Biennale de Paris se définit comme une organisation apprenante, capable de remettre continuellement en question ses méthodes, ses structures et ses finalités.

La Biennale de Paris n’est pas une institution figée qui accueille des pratiques nouvelles. Elle est une institution que ces pratiques peuvent transformer.

Une institution critique

L’art ne saurait être réduit à un domaine du consensus, de la répétition ou de la conformité.

Pourtant, le monde de l’art contemporain s’est progressivement structuré autour de centres de pouvoir et de légitimation qui déterminent largement ce qui peut être reconnu comme art, exposé, collectionné, enseigné ou inscrit dans l’histoire.

Dans ce système, les artistes disposent d’une influence limitée sur les mécanismes qui définissent leur propre domaine d’activité.

Autrefois, une pratique singulière pouvait bouleverser les conventions de son époque et contribuer à transformer durablement la définition de l’art. Aujourd’hui, la capacité d’un artiste isolé à provoquer une telle rupture se heurte à la puissance des structures institutionnelles, économiques et symboliques qui organisent le secteur.

Cette situation appelle de nouvelles formes d’action.

La Biennale de Paris répond à cet enjeu en constituant une masse critique, formée de pratiques, d’initiatives, de recherches et de structures qui, isolément, risqueraient de demeurer marginales, invisibles ou sans portée durable.

En les réunissant, elle augmente leur capacité d’action et leur pouvoir de transformation.

Cette dynamique repose sur une forme de critique augmentée : une critique qui ne se limite pas au discours ou à la contestation, mais qui se traduit par l’invention d’alternatives concrètes.

La Biennale de Paris accueille ainsi des pratiques qui échappent aux catégories instituées, interrogent les normes dominantes et ouvrent des perspectives inédites pour l’art.

Elle ne cherche pas à corriger marginalement le système existant, mais à rendre possibles d’autres manières de concevoir, de pratiquer, d’organiser et de faire reconnaître l’art.

Sa fonction critique ne consiste pas seulement à remettre en question l’institution de l’art, mais à expérimenter ce qui pourrait lui succéder.

Un public naturel

À la Biennale de Paris, le public n’est pas considéré comme une catégorie prédéfinie à laquelle les artistes devraient s’adresser.

C’est la nature de chaque pratique artistique qui détermine ses modalités de rencontre avec l’extérieur, ses formes de réception et les publics qu’elle mobilise.

Les pratiques invisuelles, fréquemment valorisées par la Biennale, ne reposent pas nécessairement sur la production d’objets destinés à être regardés. Elles peuvent se manifester dans des situations ordinaires, des relations humaines, des dispositifs économiques, des actions collectives ou des contextes qui ne sont pas spontanément identifiés comme artistiques.

Leurs publics ne sont donc pas nécessairement des visiteurs, des spectateurs ou des amateurs d’art.

Il peut s’agir de personnes qui rencontrent une pratique volontairement ou par hasard, qui interagissent avec elle, y participent ou en deviennent, parfois sans le savoir, des éléments déterminants.

Le public n’est plus systématiquement extérieur à l’art. Il peut en constituer l’une des conditions d’existence.

La Biennale de Paris reconnaît ainsi à chaque pratique la possibilité de faire émerger son propre public, sans devoir se conformer aux dispositifs traditionnels de médiation et de réception.

Le public ne vient pas nécessairement à l’art. Il peut rencontrer l’art là où il ne l’attend pas.

Une stratégie de l’eau

La Biennale de Paris développe une approche stratégique fondée sur un principe simple : composer avec les situations plutôt que leur imposer un modèle préétabli.

À l’image de l’eau, qui épouse les formes de son environnement, contourne les obstacles et trouve ses propres passages, elle adapte ses modalités d’action aux réalités qu’elle rencontre.

Cette stratégie privilégie la souplesse, l’observation, l’adaptation et l’intelligence des contextes.

Il ne s’agit pas de renoncer à une direction, mais de comprendre que les conditions d’une transformation ne peuvent pas toujours être définies à l’avance.

La situation elle-même peut révéler les moyens d’agir et conduire à des résultats qu’aucune programmation initiale n’aurait permis d’anticiper.

Cette approche est particulièrement adaptée aux pratiques artistiques qui échappent aux classifications habituelles et ne disposent pas de cadres institutionnels reconnus.

Plutôt que de chercher à les faire entrer dans les structures existantes, la Biennale de Paris identifie les possibilités offertes par chaque contexte et les mobilise pour favoriser leur développement.

La stratégie de l’eau ne consiste pas à forcer le réel, mais à découvrir comment agir avec lui pour le transformer.

Des approches asymétriques

La Biennale de Paris privilégie des approches qui échappent aux logiques conventionnelles de l’institution artistique.

Elle s’intéresse aux pratiques qui composent avec l’inconnu, explorent des territoires inattendus et interviennent dans des domaines où l’art n’est habituellement ni attendu, ni reconnu, ni parfois même considéré comme admissible.

L’asymétrie consiste à ne pas répondre aux structures dominantes avec leurs propres moyens, leurs propres catégories ou leurs propres règles.

Elle permet d’inventer d’autres stratégies, d’investir des espaces délaissés et de faire émerger des possibilités que les modèles établis ne permettent pas d’envisager.

Là où l’institution traditionnelle cherche à reconnaître ce qu’elle considère comme de l’art, la Biennale de Paris s’intéresse précisément à ce qui échappe à cette reconnaissance.

Elle agit dans les interstices, les angles morts et les territoires encore inexplorés de l’art.

Cette capacité à intervenir là où les institutions et les professionnels de l’art ne pensent pas à regarder constitue l’un des fondements de sa singularité.

La Biennale de Paris ne propose pas une autre version de l’institution artistique. Elle propose une autre conception de ce que peut être une institution artistique.